À un an de l’Euro 2024, l’Allemagne est plus que jamais en danger !
Éliminée en phase de poules des deux dernières Coupes du monde et décevante à l’Euro 2020, l’Allemagne est bien loin de sa période faste entre 2006 et 2016 avec une présence constante dans le dernier carré des compétitions. En perte de vitesse, en perte de ferveur et en perte d’identité, cette équipe qui manque encore de relève inquiète gravement à un an de l’Euro 2024 qui se déroulera sur ses terres…

«Et, à la fin, c’est nous qu’on gagne, c’est nous la Mannschaft» ou encore «le football est un sport qui se joue à onze contre onze, et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne.» Les expressions vantant la suprématie du football allemand et sa domination d’un rouleau compresseur sont nombreuses, mais semble aujourd’hui bien lointaines. Déjà le terme "Mannschaft" qui désigne l’équipe nationale qui a été remise au goût du jour par la fédération allemande après la victoire lors de la Coupe du Monde 2014 est mort et enterré. Jugé trop arrogant et même irrespectueux envers les adversaires, ce terme a été retiré. Quand on voit les résultats depuis cette victoire historique, on peut se dire aussi qu’il n’est plus vraiment d’actualité. Maintenant tout de même le cap à l’Euro 2016 avec une défaite en demi-finale contre la France (2-0) qui n’avait rien de honteux, l’équipe alors coachée par Joachim Löw avait bien réagi en remportant la toute dernière Coupe des Confédérations en 2017 face au Chili (1-0). Depuis en revanche, cela ressemble à une lente agonie.
Parmi les favoris de la Coupe du Monde 2018 comme le Brésil, la France, la Belgique ou encore le Portugal, les Allemands ont vite pris le chemin de l’aéroport en terminant d’une poule certes relevée, mais accessible où on retrouvait le Mexique, la Suède et la Corée du Sud. Au bord de l’élimination à ce même stade de la compétition lors de l’Euro 2020, les joueurs de Joachim Löw s’en sortaient de justesse grâce à un nul face à la Hongrie (2-2) pour terminer à la deuxième place entre la France et le Portugal. Face à l’Angleterre au stade des huitièmes de finale, l’Allemagne ne faisait pas illusion et devait rentrer bredouille (2-0). Exit alors Joachim Löw, Hans-Dieter Flick est arrivé ensuite avec la volonté d’insuffler un nouveau souffle. Si des joueurs comme Kai Havertz, Jamal Musiala ou encore Joshua Kimmich ont gagné en influence et qu’un petit renouvellement à certains postes a commencé à s’opérer, le constat est encore plus inquiétant. Prenant un coup sur la tête face au Japon (défaite 2-1), malmené par l’Espagne (1-1), l’Allemagne sortait de nouveau au stade de la phase de poules en Coupe du monde malgré une victoire contre le Costa Rica (4-2). Un nouveau constat d’échec.
Une sélection en pleine crise
Épargné malgré cette contre-performance majeure, le sélectionneur Hans-Dieter Flick a été conforté en vue de l’Euro 2024 qui se disputera en Allemagne. Vainqueur du trophée à 3 reprises (record partagé avec l’Espagne), l’Allemagne court après ce titre depuis 1996 et n’a pas connu de finale depuis 2008 (défaite 1-0 face à l’Espagne). La tâche s’annonce importante et le chantier colossal. Des choses ont été tentées sur les derniers rassemblements avec le retour de Florian Wirtz depuis sa longue blessure, l’installation de Marc-André ter Stegen comme numéro 1 (Manuel Neuer étant blessé) où l’incorporation de certains jeunes comme Malick Thiaw (AC Milan), Josha Vagnoman (Stuttgart), Kevin Schade (Brentford) ou Felix Nmecha (Wolfsbourg). Là encore le rendu est assez dramatique. Ne trouvant pas la solution que ce soit en 4-2-2-2 ou 3-1-4-2, Hans-Dieter Flick tâtonne et les résultats inquiètent.
Depuis la victoire 2-0 contre le Pérou du 25 mars dernier, l’Allemagne a enchaîné 3 défaites en 4 matches soit 3-2 contre la Belgique (en reconstruction), 1-0 contre la Pologne (qui a perdu contre la Moldavie) et 2-0 contre la Colombie (absente du dernier Mondial. Le match nul contre l’Ukraine (3-3) est également très inquiétant et témoigne d’une fébrilité encore trop importante de la défense allemande. «De toute évidence, cela ne suffit pas. C’est dramatique ! Nous nous sommes encore remis. Les entraînements étaient de haut niveau, mais on ne le comprend pas du tout sur le terrain. Vous pouvez trouver de bonnes périodes, mais dans l’ensemble, c’est beaucoup trop peu», expliquait Leon Goretzka après la dernière défaite contre les Cafeteros. Comme en 2006, deux ans après l’échec de l’Euro 2004, la solution peut venir avec une nouvelle génération à l’instar des Bastian Schweinsteiger, Lukas Podolski ou Philipp Lahm qui auront porté l’Allemagne à la troisième place, mais celle-ci ne semble pas arriver.
Un effectif bancal
Si on se penche sur l’effectif allemand, on constate que l’effectif est vieillissant et manque de qualité à certains postes notamment en défense. Dans les buts, l’Allemagne dispose de 4 grands gardiens avec Manuel Neuer (Bayern Munich), Marc-André ter Stegen (FC Barcelone), Bernd Leno (Fulham) et Kevin Trapp (Francfort), mais ils ont tous minimum 31 ans et personne ne semble pointer le bout de son nez. Pour ce qui est du secteur défensif, là aussi c’est limité. Certes, Antonio Rüdiger (Real Madrid) ainsi que le duo du Borussia Dortmund (Nico Schlotterbeck et Niklas Süle) peuvent permettre de construire des choses comme le jeune Malick Thiaw (AC Milan), mais sur les flancs aucun latéral n’a vraiment su s’imposer et faire l’unanimité. Josha Vagnoman (Stuttgart) Ridle Baku (Wolfsbourg) et Luca Netz (Borussia Mönchengladbach) peuvent apporter à l’avenir tout comme Armel Bella-Kotchap (Southampton) et Yann Aurel Bisseck (Aarhus pisté par l’Inter Milan) dans l’axe, mais cela apporte peu de garanties.
Dans l’entrejeu, l’Allemagne s’en sort davantage avec Joshua Kimmich, Leon Goretzka, Ilkay Gündogan, Jamal Musiala ou Florian Wirtz qui ont de bonnes références tout comme Leroy Sané, Kai Havertz, Serge Gnabry ou encore Karim Adeyemi devant. Néanmoins, l’harmonisation de l’effectif pose encore question et mis à part quelques pépites qui se sont établies depuis quelques saisons, la concurrence n’est plus aussi importante en équipe d’Allemagne. Il y a quelques jeunes comme Youssoufa Moukoko ou Kevin Schade, considérés comme de potentiels joueurs d’avenir pour la sélection, mais cela reste insuffisant pour le statut que doit défendre cette équipe. De plus, les résultats des équipes jeunes Allemandes posent question. L’équipe U21 vient de terminer dernière de son groupe après ses défaites contre la Tchéquie (2-1) et l’Angleterre (2-0) et un nul à onze contre dix face à Israël (1-1). Absente de la Coupe du monde U20 et du prochain Euro U19, l’Allemagne peut en revanche attendre davantage de la sélection U17 qui a battu la France lors du dernier Euro (0-0, 5-4 aux t.a.b.) avec notamment Finn Jeltsch (Nuremberg), Robert Ramsak (Bayern Munich), Noah Darvich (Fribourg), Almugera Kabar et Paris Brunner (Borussia Dortmund) en tête de file. Le travail quoi qu’il en soit s’annonce long et compliqué et l’optimisme n’est pas de la partie à l’image des dernières déclarations de Toni Kroos, qui a quitté la sélection en 2021 : «je pense que pour la plupart, ils manquent de confiance et qu’ils n’ont pas beaucoup de gens qui peuvent les tirer vers le haut un peu en ce moment. […] Il est donc très, très difficile d’être vraiment optimiste.»
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