Liga

La guerre féroce de la Liga contre le piratage

Comme la France, le championnat espagnol est confronté à la problématique du piratage. Et c’est le principal combat du président de la Liga Javier Tebas.

Par Max Franco Sanchez
6 min.
Javier Tebas Liga @Maxppp

C’est une bataille qui fait rage dans le monde du football. Très dépendants des revenus liés à la vente des droits TV pour leur survie, les championnats et les clubs européens ont assisté ces dernières années à une accélération des techniques de piratage, avec des plateformes ou des réseaux qui proposent la diffusion de tous les matchs imaginables pour des sommes dérisoires par rapport au prix des abonnements, voire gratuitement. De quoi séduire le public foot, qui en plus de prix relativement conséquents pour pouvoir suivre le foot légalement, doit aussi souvent s’abonner à plusieurs plateformes en même temps. Si le piratage permet aux fans de faire quelques économies, il a logiquement des conséquences fâcheuses pour les clubs. Ces derniers mois, en France, la LFP comme de nombreux clubs ont fait passer des messages pour inciter leurs supporters à regarder le foot légalement. « L’abonnement aux diffuseurs officiels est essentiel pour l’économie de l’Olympique de Marseille. Espoirs, éducateurs, champions, l’amour du maillot. Chanter, vibrer, célébrer ensemble. Stop au piratage. S’abonner à une offre l’égale, c’est faire gagner l’OM », avait par exemple publié l’OM.

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Mais qu’en est-il chez nos voisins espagnols ? La situation est peut-être plus complexe et ennuyeuse, pour les fans en tout cas, puisque c’est le pays où le football à la TV est le plus cher. Il faut d’abord savoir que c’est la plateforme Movistar qui a les droits de la Liga, qui sont partagés avec DAZN, ainsi que ceux des compétitions européennes. Un abonnement à Movistar permet cependant de voir l’intégralité des matchs de Liga et de LDC puisque les chaînes DAZN sont disponibles sur le boîtier et le player de Movistar, mais il y a deux problématiques majeures. D’abord, pour souscrire à l’intégralité du foot avec Movistar et pouvoir regarder les matchs via le câble, il faut… également souscrire à l’offre fibre et mobile, ce qui fait déjà monter la facture à plus de 105€ par mois. Une somme colossale dans un pays où le pouvoir d’achat est inférieur à celui de la France. Des abonnements moins chers au player/application existent, mais ils ne donnent accès qu’à un nombre de matchs limité. Il existe aussi la possibilité de se contenter de 5 matchs par journée via DAZN, contre 19€ pour le forfait le moins cher. Mais autant dire que regarder le foot en Espagne est encore plus cher qu’en France, et que partout ailleurs en Europe. Il faut tout de même signaler qu’il y a un match en clair par week-end et il faut aussi signaler que globalement, tant Movistar que DAZN proposent un contenu assez diversifié et riche hors-match.

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L’Espagne, championne d’Europe de football… et de piratage

Vous vous en doutez, nos chers collègues ibères ont donc aussi pris l’habitude de faire appel à ces fameuses plateformes à quatre lettres ou utiliser certains réseaux sociaux d’origine russe notamment. Une étude dévoilée en novembre dernier estimait qu’un espagnol sur trois consomme du football de façon illégale, le record en Europe. Les diffuseurs sont plutôt opaques quant à la quantité d’abonnés à leurs contenus, mais une chose est sûre, le manque à gagner est énorme pour eux et pour la Liga. Javier Tebas, le président de la Liga, a récemment dévoilé que son championnat perd environ 700 millions d’euros par saison à cause du piratage. Pour le sulfureux patron de la ligue espagnole, il est impératif, pour le bien de ses clubs, et pour qu’ils puissent rivaliser avec l’Angleterre notamment, que la piraterie cesse et que les gens s’abonnent aux diffuseurs. « Si d’ici 2 ou 3 ans la dynamique actuelle ne change pas, on va avoir une baisse des droits TV qui va toucher le foot », prévenait-il en septembre dernier, alors qu’actuellement, les clubs de Liga se partagent environ 1,5 milliard d’euros par an.

Et Tebas est très impliqué dans ce combat, bien épaulé par les autres cadres dirigeants de la ligue. Récemment, il expliquait aussi consacrer 60% de son temps à ce combat ! Il a adopté une stratégie très agressive, partant à la guerre contre des géants de la tech, leur reprochant leur inaction totale et leur passivité. « Google est une organisation criminelle qui collabore pour que ce délit de piratage puisse être commis et en profite. Cloudflare aussi est une organisation criminelle. Ils répondent aux critères : 2 ou plusieurs parties qui agissent de façon illégale pour qu’un délit soit commis. Google coopère pour que les diffusions illégales arrivent au consommateur, que ce soit via le téléphone ou internet, et ensuite ils gagnent de l’argent avec Google Ads ou les abonnements », lançait-il en novembre, évoquant aussi Meta et Telegram. Il est prêt à porter tout ce beau monde en justice si ces hébergeurs ne bannissent pas les diffuseurs de contenus illégaux.

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Tebas s’en prend aux fans

Récemment, il a remporté plusieurs combats, ayant réussi à faire tomber DuckVision, un diffuseur de matchs pirates qui comptait environ 200.000 utilisateurs par mois. Une guerre qui s’avère donc efficace, mais il y a encore bien des batailles à mener pour lui. Les consommateurs sont aussi visés, voire criminalisés. « Le voleur ce n’est pas uniquement celui qui diffuse mais aussi celui qui regarde gratuitement ou l’achète à prix ridicule. Regarder des contenus pirates, c’est voler, c’est être un voleur », écrivait-il sur les réseaux sociaux. Pour l’anecdote, lors du match Liverpool-Real Madrid, Vinicius Jr (absent pour ce choc) avait fait une story Instagram dans laquelle on pouvait constater qu’il regardait le match sur une chaîne étrangère, et ce alors qu’il était à Madrid. Illégalement donc. Javier Tebas s’en est pris au Brésilien publiquement et a même envoyé une lettre au Real Madrid ! Il a martelé à de nombreuses reprises qu’il y aurait des sanctions pour les utilisateurs, et ce sont des menaces à prendre très au sérieux. Des amendes de 450€ ont déjà commencé à tomber pour certains utilisateurs de plateformes pirates, signe que Tebas ne rigole pas du tout.

Jouissant d’une cote de popularité assez base outre-Pyrénées, ce n’est pas avec ce type de mesure que Javier Tebas va se refaire une image. Les nombreuses sorties médiatiques du patron de la Liga ont le don d’agacer l’opinion publique en Espagne, où on trouve logiquement les prix démesurés, surtout en comparaison avec les autres pays européens. Le football à la télévision est un luxe pour nos voisins espagnols, où la passion du foot reste intacte, comme le montrent les scores d’audience des matchs diffusés en clair. Mais ce n’est pas un hasard si la Kings League, gratuite, cartonne, et que la jeunesse se tourne de plus en plus vers d’autres types de contenus audiovisuels gratuits ou plus abordables. Clairement, la Liga, comme la plupart des autres gros championnats européens, fait face à un gros problème…

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